Cultures

Le canal de Nantes à Brest, patrimoine de l'unification de la Bretagne

Samedi 18 septembre 2004, 08h09.

Le canal de Nantes à Brest à hauteur de Châteauneuf-du-Faou
(Photo Fred Tanneau/AFP)

Le canal de Nantes à Brest, symbole d'une Bretagne réunifiée à cinq départements, fête dimanche la richesse du patrimoine breton autour de quatre villes riveraines du cours d'eau de 365 km, dont le percement il y a deux siècles représenta une prouesse technique.

"Le canal est le trait d'union de toute la Bretagne, il représente le patrimoine qu'on a tous en commun", explique Mélanie Guyomard, ex-miss Bretagne 2001 et présidente de l'association Canal de l'unité, qui organise les festivités.

"L'idée est de faire la démonstration, une journée par an, de notre capacité à se retrouver ensemble sur les 5 départements, et de mettre en avant l'intérêt d'une Bretagne réunifiée", explique la jeune femme, qui milite depuis plusieurs année pour la réunification, qu'elle juge "indispensable d'un point de vue affectif, européen, économique, culturel et historique". La Loire-Atlantique a été séparée de la région en 1941.

Borne kilométrique sur le canal de Nantes à Brest
(Photo Fred Tanneau/AFP)

Dimanche, autour de multiples activités sur le thème de la culture bretonne (musiques, sport, expositions, conférences), quatre villes étapes marqueront les festivités au fil de l'eau : Carhaix (Finistère) mettra en avant le patrimoine architectural breton, Nantes le patrimoine urbain, Redon (Ille-et-Vilaine) le patrimoine oral et rural et Pontivy (Morbihan) le patrimoine fluvial.

236 écluses

L'idée d'un canal traversant la Bretagne a été évoquée dès le XVIe siècle, mais c'est finalement en 1804, pour briser le blocus maritime anglais, que Napoléon décide de la construction du canal reliant Nantes à Brest.

Il fallut attendre 1811 pour que les travaux débutent. Pendant 30 ans, des hommes ont comblé, creusé, raccordé et canalisé des rivières, dans des conditions souvent inhumaines, pour réaliser la grande artère maritime qui manquait à la Bretagne intérieure.

Le canal de Nantes à Brest
(Photo Fred Tanneau/AFP)

L'ampleur des travaux a nécessité l'enrôlement sur le chantier, entre 1812 et 1814, de 1.200 prisonniers de guerre espagnols, rejetés par la population locale, et qui souvent ont creusé sans le savoir leur propre tombe. Dans d'autres secteurs, les paysans servaient de main d'oeuvre bon marché.

A partir de 1823, on fait appel à 600 bagnards de Brest, prisonniers politiques, déserteurs de l'armée royale et bonapartistes, pour creuser une longue et profonde tranchée dans les marais de Glomel. Ces hommes travaillaient dans des conditions sanitaires déplorables, qui les conduiront à la mutinerie, explique Jean Kergrist, conteur breton et auteur d'un livre sur ces bagnards.

Les travaux du canal et de ses 236 écluses s'achevèrent en 1842, première année de libre navigation sur toute sa longueur. S'il a été pendant 100 ans - entre 1840 et 1940 - un outil de développement économique pour toutes les régions traversées, c'est désormais la plaisance et la pêche qui en constituent l'activité principale.

© AFP.